Le nombre d'objets réparés dans les collections etnographiques est faible : au musée du Quai Branly, on en recense à peu près 500 sur les 60 000 pièces qui y sont conservées.
Durant la période coloniale, il semble que les collecteurs aient privilégié les objets intacts et en accord avec leur vision de la perfection. Ramener des objets "en bon état" donnait l'impression de contacts positifs avec les populations d'origine et valorisait le collecteur, tout en lui garantissant un meilleur profit en cas de vente.
Pourtant, en Afrique, l'activié de réparation est intense. Si la nature éphémère de certains objets les amène à être remplacés ou détruits, d'autres sont transmis de génération en génération. La dégradation peut être vue comme une blessure infligée à l'objet, et pour certains, elle a une portée collective. Elle est considérée comme le signe d'une faute antérieure ou d'un dérèglement social.
La réparation peut avoir un sens rituel de pardon et de purification dont les traces doivent rester visibles. Il ne s'agit pas de rendre à l'objet son aspect originel, mais de lui rendre la capacité de remplir son rôle. Ici, la réparation est composée d'un simple lien de raphia, mais il arrive que les dégradations soient magnifiées par des tressages complexes.
SPERANZA, Gaetano. 2007. Objets blessés : la réparation en Afrique. Musée du Quai Branly