Masque Ngbaka
Ce masque du peuple Ngbaka (les peuples de langue bantoue prononcent "Ngwaka"), comme nombre d’objets ramenés en Europe dans un contexte colonial, a vécu de nombreux changements. De l’époque de sa production à celle de cette exposition, il a été chargé de différents statuts. Il est exposé ici comme un objet complexe, dont l’identité est constituée de multiples facettes. Objet culturel dans sa communauté source, il était porté lors des cérémonies d’initiation des jeunes garçons et faisait partie d’un costume. Il était accompagné de coiffes, de brassards et de bracelets.

Entre 1890 et 1920, Charles Firket, chargé du cours consacré aux « maladies des pays chauds » à l’Université de Liège, a fait rassembler une collection afin d’« illustrer la vie quotidienne en Afrique » auprès de ses étudiants. Des fonctionnaires coloniaux ont sélectionné pour lui des objets lors de leurs missions. Ainsi, ils ont construit et influencé le regard que porteront des générations d’Européens sur l’Afrique et sur l’altérité. En entrant dans cette collection, le masque a été arraché à son contexte originel et a changé de fonction. Il est devenu objet ethnographique, chargé d’alimenter l’idéologie coloniale. 

Dans les années 1990, il a été recouvert d’une couche picturale blanche, composée de kaolin. Il est probable que cette couche ait été ajoutée sur base d’une erreur d’attribution. En effet, n’ayant pas été documenté lors de sa « collecte », ses sens ont été perdus. Depuis, des recherches documentaires et matérielles ont été réalisées afin d’assurer sa transmission aux générations futures. Car si l’on manque encore d’informations à son propos, il est objet témoin : de l’histoire d’un peuple, de la colonisation, de l’ethnographie et de la façon dont on a appréhendé les objets des cultures autochtones et mondiales dans les collections européennes.